Une future assemblée vertigineuse

12-06-2017

  Voilà, c’était annoncé, La République en marche est en tête du 1er tour des élections législatives, et largement. Le partis socialiste perd 90% de ses députés ; Les Républicains 50%. ; le Front national échoue ; la France insoumise s’en sort mieux.

Quels sont les enseignements que nous pouvons tirer de ce 1er tour ?

Ils sont de trois ordres :

Le 1er est la cohérence du vote des Français après avoir porté Emmanuel Macron à l’Elysée :

- ils veulent que le président ait une majorité pour mettre en œuvre son programme ;

- ils ont continué de sanctionner les partis de gouvernement en envoyant au piquet Les Républicains ou en expulsant de l’Assemblée nationale les socialistes ; ils ont pratiqué le « dégagisme », ce rejet de la « vieille classe politique », des vieux leaders (Jean-Christophe Cambadélis, Benoit Hamon) ainsi que des plus jeunes, trop vus depuis 2012 (Najat Vallaud-Belkacem, Cécile Duflot).

Le 2éme ordre est celui du niveau d’attente des électeurs :

- ils sont prêts, après deux quinquennats stériles, à tenter une nouvelle voix dont ils ne savent rien ou pas grand-chose, sauf qu’elle est présentée comme pragmatique et innovante : ils sont prêts à tester « du neuf, du jeune, du jamais vu » ;

- ils veulent de l’ordre, de l’autorité et de l’unité : ils ont dit oui à un président « jupitérien » qui concentre tous les pouvoirs, a éradiqué l’opposition et va mettre aux pas les 250 directeurs d’administrations centrales qui devront lui faire allégeance ou faire autre chose ;

- ils attendent des résultats, c'est-à-dire des emplois, de la justice sociale, de l’efficacité.

Le 3ème ordre concerne le fonctionnement de notre démocratie :

- 51% des Français se sont abstenus ; or,  d’un côté ils veulent être consultés plus souvent, revendiquent une démocratie « moderne, citoyenne, de proximité », mais de l’autre ils ne votent pas quand ils le peuvent ; c’est paradoxal ;

- avec cette abstention record, c’est seulement 16% du corps électoral qui permet à La République en marche d’arriver en tête ; le président de la République et le premier ministre doivent en tenir compte ; c’est faible ;

- 11 millions de Français ont voté pour Marine Le Pen au 2d tour des présidentielles, pourtant son parti n’aura que quelques députés ; c’est malsain.

Nous sommes à l’avant dernière phase de la recomposition politique qui s’achèvera dimanche soir prochain avec le 2d tour. Hier, les Français ont continué, entraîné par Emmanuel Macron, à dessiner sur une page blanche une nouvelle République. Cela semble leur paraître grisant, mais ce n’est pas sans risque. Entre La République en marche, qui n’a de parti que le nom - puisqu’il est sans doctrine claire, sans histoire, sans traditions, sans leaders autre que le président - et l’absence d’opposition au parlement, la démocratie est fragilisée. Car l’existence d’une opposition représentative est une question sine qua non de la démocratie, mais dans une semaine elle n’existera plus réellement en France.

La responsabilité d’Emmanuel Macron est donc vertigineuse, écrasante. Dans une semaine, il aura les clés des destinées de la France pour les 5 prochaines années. Espérons qu’il agisse avec discernement. Si ce n’était pas le cas, c’est dans la rue que l’opposition s’exprimera. Si nous savons comment va commencer ce quinquennat, en revanche nous ne savons pas comment il finira.

Sabinius.

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