Une élection qui signe la défaite des partis

11-04-2017

Le général de Gaulle doit sourire : non seulement tous les candidats se réclament de lui, mais en plus cette élection signe la défaite des partis, lui qui les abhorrait, et marque le triomphe de la personne candidat. Regardons.

Les deux partis de gouvernement, Les Républicains et le parti socialiste, ont été incapables de mener une bataille unie.

En raison du maintien de François Fillon, malgré sa mise en examen, Les Républicains se sont déchirés. Le 1er mars Bruno Le Maire annonçait le premier qu’il suspendait son soutien au candidat, suivi d’une ribambelle d’élus. Depuis François Fillon a fait une campagne avec une petite équipe, un commando qui joue son va-tout, François Baroin, Luc Chatel, Valérie Boyer, Eric Ciotti et quelques autres. C’est peu pour un parti qui était encore considéré au début de l’année comme presque assuré de gagner les élections présidentielles et législatives. Entre temps, François Fillon ayant tenu ainsi que son socle électoral, les responsables LR font savoir qu’ils voteront pour celui-ci. Mais rien de plus, ils ne font pas campagne. La conséquence : si François Fillon est au 2d tour, les LR survivent ; s’il n’y est pas, les LR connaîtront une nuit des longs couteaux, et nul ne sait ce qui en ressortira : explosion ou reprise en main par un homme, une femme, un clan ou un directoire.

De leur côté, les socialistes ont très vite abandonné Benoit Hamon sur le chemin de l’Elysée après sa victoire aux primaires. Là, il n’y a pas d’affaires judiciaires, simplement des affaires de famille : les pires. Les haines sont anciennes, profondes, idéologiques, politiques, sentimentales. Hamon, opposant numéro 1 à François Hollande comme frondeur durant les deux dernières années du quinquennat, ne peut pas réussir à rassembler la gauche. Il n’en a pas la légitimité malgré les primaires, ni le charisme, lui qui ne croit pas au rôle si particulier du président de la République dans la Vème République qu’il veut changer. Comme les familles s’éteignent, les partis disparaissent. C’est le sort qui attend les socialistes.

A l’extrême droite, le Front national n’est pas vraiment un parti. On peut parler d’une PME familiale Le Pen : père, fille et petite-fille en première ligne ; sœurs, beaux-frères, compagnons en deuxième ligne. Parfois on trouve des familles implantées localement sur le plan politique depuis des générations, mais au niveau national, le cas Le Pen est inédit. Dans un parti qui a la culture du chef chevillé au corps, Marine Le Pen se présente ainsi seule face aux électeurs, soutenus par les quelques figures du FN qui ont émergé au cours des dernières années.

Au départ Emmanuel Macron était seul, puis il a mis en avant ses soutiens, enfin il a décidé de les laisser derrière le rideau de scène. Parce que ces derniers font en fin de compte mauvais genre. Issus de tous les horizons politiques, En marche ! ressemble à une « auberge » sans cohérence, un parti attrape-tout. Le candidat n’en veut plus, pour le moment. A ce stade, l’opération a en parti réussi ; tous ces ralliements iconoclastes ont servi à montrer la légitimité de sa démarche. Le candidat d’En marche ! est donc reparti seul en campagne, n’ayant plus un regard pour ces ralliés auxquels il a promis une chose : il ne gouvernerait pas avec eux, dit-il.

Comme esprit collectif, on a trouvé mieux. Il l’a dit : il sera un vrai président de la République, pas une personne « normale », au contraire. C’est bien lui, et lui seul, que les Français éliront. Pour le reste, nous ne savons rien. En marche ! revendique plus de 200 000 adhérents, certes, mais des adhérents qui ont juste cliquer sur le site Internet du parti et payé zéro euro de cotisation. En politique, même si c’est stylé parce qu’Internet, cela s’appelle enfumer.

Quant à Jean-Luc Mélenchon, souvenons-nous de ses idoles politiques qui parlent pour lui : Robespierre, Che Guevara, Simon Bolivar. Des chefs, des leaders, des dictateurs. Que dire de plus ? Il gouvernera donc… avec lui. C’est au moins un point à propos duquel nous pouvons lui faire confiance. Quant à son parti, la France insoumise, c’est un cache-sexe.

Enfin, pour les 6 autres candidats, ils sont également des hommes et une femme et eux seuls à se présenter face aux électeurs, leurs partis n’ayant bien souvent de parti que le nom.

Face à ces postures, subies ou volontaires, les partis politiques connaissent tous une baisse du nombre d’adhérents. Parallèlement l’abstention est en hausse continue aux élections et moins d'un Français sondé sur 10 fait confiance aux partis politiques (selon le Centre d'Etudes de la Vie Politique Française). Enfin, un tiers des électeurs déclarent ne pas savoir pour qui ils vont voter le 23 avril.

Cette élection présidentielle pourrait donc bien être « la rencontre d’un homme et d’un peuple » comme le pensait le général de Gaulle, mais au 1er tour seulement. Pour le 2d, nous sommes plus que réservés.   


Sabinius.

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