Un président sans testament

13-04-2017

Aucun président de la République ne quittera l’Elysée aussi impopulaire, lesté d’un bilan qu’il n’aura pas pu défendre devant les électeurs, empêché de se représenter. Une première sous la Vème République.

François Hollande n’aura pas à écrire ses mémoires. Le livre d’entretiens paru en novembre dernier « Un président ne devrait pas dire ça… » en tiendra lieu, même s’il n’en est qu’un ersatz, une sorte de mémoires du pauvre.

Trois évènements ont notamment marqué le quinquennat qui disent ce que le chef d’Etat est et ce qu’il laisse comme héritage.

Le premier est le terrorisme islamiste. Sur la forme le président n’a pas tremblé. Il a riposté. Pour ça il a pu s’appuyer sur deux institutions qui sont plus que jamais deux piliers de l’Etat : l’armée et la police. Sur le fond, il a été incapable de prononcer les mots de « terrorisme islamiste ». Parce qu’il n’assume pas de faire référence à une dérive de l’islam. Parce qu’il est resté dans la politicaillerie comme nous l’ont montré les débats sur la déchéance de nationalité (qui n’avaient aucun intérêt, existant déjà dans la loi) alors que l’union nationale qui a suivi les attentats de 2015 était un moment historique. Il restera le président de la manifestation du 11 janvier 2015, « Je suis Charlie », rejoint par des chefs d’Etat du monde entier, exaltant la France « pays des droits de l’homme, et de la liberté », mais ensuite ? Rien.

Le deuxième évènement est l’apparition de La Manif Pour Tous née de l’opposition au projet de loi sur le mariage de deux personnes de même sexe, la loi Taubira. Cette loi a été votée dans la confusion, aux forceps. François Hollande a divisé la France comme jamais depuis 50 ans – il faut remonter à la décolonisation et à la guerre d’Algérie pour trouver un tel clivage dans la société. Depuis l’automne 2012, il est dans le déni vis-à-vis de ce mouvement qui irrigue profondément la société française. La loi Taubira est bien un « changement de civilisation » parce qu’elle correspond à une utopie qui nie l’altérité et la complémentarité des sexes, remet en cause le sens du mariage, instaure la filiation sociale, implique la PMA sans père comme la GPA et fait le lit de revendications de plus en plus irréelles.

Or le président de la République nie le mouvement de fond qui parcourt toute la société française. François Hollande n’a su, à aucun moment, prendre de la hauteur, réfléchir aux enjeux humains, oscillant entre mensonges à propos des chiffres de la mobilisation et mépris à l’adresse des sympathisants de La Manif Pour Tous.

Bilan : entre son cynisme et son désintérêt évident pour le plus vulnérable, l’enfant, le président s’est avéré incapable de tracer une ligne de conduite, d’avoir une vision sur les questions sociétales qui se posent, de plus en plus vertigineuses, de faire preuve de courage, de sortir du conformisme et de la facilité. Il a abandonné les décisions sur la procréation au Comité consultatif national d’éthique, qui n’est que « consultatif », quand il n’a pas cédé aux revendications sans fin des minorités ivres de déconstruction et d’égalitarisme. Il laisse une société sans boussole, marquée par le dissensus.

Le troisième mouvement est l’opposition à la loi Travail dite El Khomri. Là, ce sont surtout des Français de gauche qui se sont sentis trahis. Parce que le président s’est fait élire sur la promesse réactionnaire de verrouiller les emplois acquis au détriment de la flexibilité du travail et donc de l’augmentation du nombre d’emplois. Parce qu’il n’a jamais eu le courage de faire abandonner officiellement les idées d'inspiration marxiste du parti socialiste et de reconnaître l'économie de marché comme le Parti social-démocrate d'Allemagne (SPD) le fit en… 1959. Résultat : les débats se sont enlisés, les manifestations multipliées dans tout le pays. La loi Travail n’a donc pas pu être votée, obligeant le Premier ministre Manuel Valls a utilisé le 49-3. La gauche en est ressortie fracassée.

Le président de la République française est élu au suffrage universel. Cela lui donne une autorité à nulle autre pareille dans les démocraties occidentales, et même dans le monde si l’on conjugue cette onction populaire à la place de la France sur l’échiquier international, puissance nucléaire, membre du Conseil de sécurité de l’ONU.

En retour, les Français attendent, non pas un homme providentiel, mais un chef dont le général de Gaulle souhaitait qu’il s’élève au-dessus des partis, des querelles et des contingences, c’est-à-dire au-dessus de sa condition. Malheureusement l’adage « la fonction fait l’homme » n’aura pas opéré : François Hollande n’aura pas été président de la République. Il n’aura jamais pris la mesure des responsabilités qui lui incombaient. Résultat : sa présidence aura été une longue parenthèse sans colonne vertébrale, qui s’achève en laissant un champ politique en ruines, dont l’une des conséquences est que le parti qui l’a fait président de la République est en état de mort cérébrale.

Mais rassurons-nous, il n’a nullement l’intention d’écrire ses mémoires. Son unique souhait est de continuer à peser sur la vie politique comme d’autres jouent aux échecs. Et ça, il sait faire avec « ses petites phrases », « ses bons mots et son humour ». Voilà. C’est tout, c’est lui.

Sabinius.

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