Un débat, mais pas trop

05-04-2017

C’était donc le grand débat, celui qui réunissait les 11 candidats, les 5 « grands » et les 6 « petits ». Plus ou moins connus, ces derniers étaient attendus dans le positionnement ou la posture politique qui est le leur. Crédités d’intentions de votes faibles, ils n’avaient rien à perdre et jouaient leur va-tout ; l’occasion était trop belle, unique, inédite depuis 1958. Et c’est ce qu’ils ont fait sur chacun des sujets proposés : comment créer des emplois ?, l’Europe, la sécurité, la moralisation de la vie politique et le service public.  

De débats, il n’y en eut pas vraiment – mais est-ce ce que les Français en attendaient variment un ? Parce qu’à 11 c’est impossible, parce que nous sommes en France, que la passion est là, l’incandescence empêchant la sérénité.

Alors essayons de regrouper les candidats par positionnement. 3 candidats sont inclassables. Jacques Cheminade (Solidarité et progrès) délivre un message incompréhensible, abscond, dans lequel nous comprenons que les marchés financiers nous ont dépossédés de notre souveraineté. C’est sa troisième candidature à l’Elysée ; elle a des airs dadaïstes. François Asselineau (Union populaire républicaine) est inspecteur des finances. Il connaît par cœur les traités européens. Il est pour le « Frexit ». C’est tout son programme. C’est peut être le dernier des gaullistes. Enfin, il y a Jean Lassalle. Fils de berger, il est élu du Béarn, connu par son combat pour le respect de la nature et sa longue marche à pied de régions en régions. Son programme reste confus comme son expression. Malheureusement sa candidature de témoignage en pâtit. Dommage parce que l’homme dit de belles choses sur la nature humaine, sur la France et les Français.

Les antisystèmes sont 4 : de l’extrême gauche divisée en trois chapelles avec Nathalie Arthaud (Lutte ouvrière), Philippe Poutou (Nouveau parti anticapitaliste) et Jean-Luc Mélenchon (La France insoumise) à l’extrême-droite avec Marine Le Pen (Front national), les deux derniers déjà bien connus des électeurs.

Les 3 d’extrême-gauche – cela fait beaucoup en 2017 - rejettent l’organisation politique (il faut mettre fin à la Ve République pour Jean-Luc Mélenchon) et économique (rejet de l’économie de marché et un bouc-émissaire : les « capitalistes »). Si Arthaud et Poutou ne se cachent pas de souhaiter une révolution, Mélenchon prend des gants, mais son objectif est le même : redonner le pouvoir au peuple façon Commune de 1871. Des nostalgies politiques nourrissent explicitement leurs programmes, Mélenchon et Arthaud se disputant la référence à Marx.

Et puis 4 hommes - François Fillon, Emmanuel Macron, Benoit Hamon et Nicolas Dupont-Aignan – qui incarnent tous, plus ou moins, ce que détestent les 7 autres candidats : l’héritage de la culture de gouvernement, l’Europe et l’euro, la maîtrise des dépenses publiques et le remboursement de la dette, la compétitivité des entreprises et la liberté du travail. Un peu moins connu, Nicolas Dupont-Aignan, présent dans le paysage politique français depuis de nombreuses années et déjà candidat à l’élection présidentielle en 2012, est le challenger des 3 autres, crédité de 4% des intentions de vote.

Prétendre gouverner un pays comme la France ne s’improvise pas. En 2012, François Hollande, dont les soutiens socialistes n’avaient pas été au pouvoir depuis dix ans, mit de nombreux mois à prendre les rênes du pouvoir, improvisant le début de son quinquennat, pour ne pas dire toutes ses années à l’Elysée…

Parmi les candidats que nous avons écoutés hier, bien peu semblent prêts s’ils devaient remporter cette élection. Mais plus encore, peu d’entre eux sont taillés, armés pour être président de la République française. Le fossé est trop large, qu’ils ne pourront jamais franchir. C’est ainsi, faire de la politique, vouloir être chef de l’Etat, est un métier si particulier qu’elle demande une personnalité, des expériences particulières en plus d’avoir des idées, du caractère et des électeurs. Et nous n’avons pas été convaincus par les « petits » candidats, pas plus que nous ne donnons quitus aux autres sous prétexte qu’ils auraient déjà exercé d’importantes responsabilités politiques, que ce soit dans un gouvernement ou un parti.

In fine, n’oublions pas que la France est la 6e puissance économique mondiale, une puissance nucléaire, membre du Conseil de sécurité de l’ONU et l’un des deux piliers de l’Europe avec l’Allemagne. Se retrouver un soir d’avril convié à un débat présidentiel, sous prétexte qu’on a réussi à réunir 500 signatures, n’autorise pas à instrumentaliser la campagne, à faire un « show » nombriliste et inutile, à renvoyer les Français dos à dos, à appeler à la grève et à l’insurrection, à être un acteur à part entière de la société du spectacle que l’on dénonce par ailleurs.

La politique est une chose trop sérieuse pour être abandonnée aux révolutionnaires-fonctionnaires, aux grandes gueules, aux prestidigitateurs, aux démagogues. Et qui plus est dans un pays, la France, dont la situation est grave et dont la société est profondément divisée à l’issue du quinquennat de François Hollande.

Il faut, pour pouvoir rassembler les Français en ces temps difficiles, un homme ou une femme capable de s’élever au-dessus de ses préjugés politiques, expérimenté, soutenu par une majorité forte. Il appartiendra donc aux Français de voter avec responsabilité le 23 avril prochain. Le « débat » d’hier soir aura au moins servi à cela : clarifier et mettre en valeur ceux des candidats qui sont véritablement éligibles à l’Elysée. Et ils ne sont pas nombreux.

Sabinius.

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