Travail oui, famille non ?

07-06-2017

Alors qu’elle a été nommée ministre du Travail il y a trois semaines, Muriel Pénicaud commence à prendre la parole publiquement sur l’une des grandes réformes annoncées par le nouveau président de la République, celle du Travail. Elle concerne 18 millions de personnes. Elle est présentée comme la clé de voûte des réformes nécessaires pour lutter contre le chômage et créer des emplois. 

18 millions, c’est également le nombre de familles. Pourtant, celles-ci n’ont pas eu le droit à un ministère dédié, ni-même à un secrétariat d’Etat dans le gouvernement d’Edouard Philippe. C’est Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé, qui a hérité la responsabilité de traiter les questions familiales.

L’Union nationale des associations familiales (UNAF) n’a pas manqué de réagir le lendemain de la nomination du nouveau gouvernement, le 17 mai dernier, en titrant son communiqué « Les familles doivent être reconnues ! ». Elle écrit que « L’UNAF regrette donc que ce premier gouvernement, et plus particulièrement ce ministère des Solidarités, ne mentionne pas explicitement le mot « familles ». Les 18 millions de familles qui vivent en France ont besoin d’être pleinement reconnues et soutenues par les pouvoirs publics […] Pour l’UNAF, une politique familiale forte, dynamique et pérenne doit être menée pour répondre aux besoins des familles. Elle doit constituer le cœur des projets politiques pour les 5 années à venir. »

Nous partageons également ce regret, et ce souhait. Et nous pensons que cette absence d’un ministère de la Famille est révélateur d’un état d’esprit, celui d’un manque de projet pour les familles de France. A contrario, la mise en avant du ministère de la Transition écologique et solidaire, ou bien le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, prouve l’attention mise sur ces sujets par le chef de l’Etat.

La famille, la jeunesse et l’enfance, en n’apparaissant nulle part, montrent qu’ils ne sont pas une priorité. Ils sont supplantés par l’économie. D’ailleurs Emmanuel Macron l’avait montré dans une longue interview au quotidien Le Figaro entre les deux tours de la présidentielle où il n’a évoqué la famille qu’à travers la fiscalité : « Il faut reconnaître qu'on a modifié à la fois le quotient familial et les allocations familiales. Ce n'était pas l'engagement initial. Cela a été vécu comme une politique défavorable à la famille. Mon souhait est de préserver la capacité à vivre bien dans une famille, en France. C'est une priorité, même si ce n'est pas pour l'instant dans ma trajectoire budgétaire. ». Macron se caricature lui-même : « oui et en même temps non » !

En outre, la politique familiale, ce n’est pas seulement une politique allocative ou fiscale. Cela doit être également des mesures pour protéger l’intérêt supérieur de l’enfant ; pour accompagner les parents qui élèvent leurs enfants et, ce faisant, préparent la société de demain ; pour favoriser l’équilibre démographique. Il faut connaître les problématiques des familles et les défis qu’elles rencontrent, investir pour elles et avec elles, tout faire pour les aider à remplir au mieux leur rôle difficile et indispensable à tous. Il faut agir en amont, responsabiliser tous les acteurs, favoriser la famille durable, promouvoir le mariage, union la plus stable. Qui le fera au cours du futur quinquennat ? Qui en aura la responsabilité, le temps, l’énergie ?

Alors que notre société souffre de tensions graves, d’individualisme exacerbé, d’une évolution vers une forme de dissociété, voire d’éclatement, aucun ministre ne travaillera avec ardeur nuit et jour en faveur de la famille, cellule humaine incontournable en termes d’éducation, de solidarité, de dignité, de transmission !?

Cette carence dans la composition du gouvernement est encore rattrapable dans le nouveau gouvernement qui ne manquera pas d’être composé après les élections législatives. Espérons que le président de la République et son premier ministre reconnaissent la voie de l’avenir et nomment un ministre de plein exercice responsable de la mise en œuvre d’une authentique politique de la famille.

Sabinius.

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