Les marcheurs ont été des coureurs de fond

13-06-2017

La victoire d’Emmanuel Macron est claire et nette. Il reste des miettes à ses opposants, quant à ses alliés du Modem il n’en a plus besoin comme ses futurs ralliés Républicains de la 25 ème  heure. Les perdants cherchent des explications à leur défaite : l’abstentionnisme, le scrutin uninominal à deux tours, parfois la fatalité. Quant aux candidats-mohicans présents au second tour, c'est-à-dire ceux qui ne font pas partie de la majorité présidentielle, ils se battent comme des chiffonniers pour ne pas être les derniers à faire de la figuration.

Que s’est-il passé ? Pourquoi y-a-t-il eu un tel raz-marée en faveur de La République en marche alors même que son score de 32% n’a rien d’exceptionnel – Les Républicains avaient obtenu 42% en 2007 ? Au-delà du mode de scrutin qui lui est favorable et de la date à laquelle il a eu lieu juste après la présidentielle, trois raisons nous paraissent l’expliquer.

La première raison est l’humeur des électeurs. Quels que soient les candidats pour lesquels ils ont voté à la présidentielle, ces derniers ont mis leurs électeurs de très mauvaise humeur. Pas un des trois partis dont le champion est arrivé après Emmanuel Macron au 1er tour n’arrive à retrouver son score, ou presque, dans les circonscriptions où se présentaient leurs candidats à la députation.  

L’abstention n’est pas due au fait que les électeurs avaient déjà beaucoup voté, la plupart n’ayant pas voté aux primaires. Non, ces derniers envoient une fin de non-recevoir aux partis qui sont désunis, brouillons, inaudibles. Aussi, les électeurs appliquent à la lettre l’idéologie contemporaine défendue par bon nombre de responsables de partis, celle d’individus autonomes, déliés de toutes attaches, zappeurs. Pour les électeurs, les potlitiques ne doivent pas être des godillots : si les partis le sont, les candidats le payent. Et tous les discours de circonstances, les promesses sans lendemain ou les postures victimaires (« ma voix risque de s’éteindre si vous ne votez pas pour moi ») n’ont plus aucun effet.

La deuxième raison découle de la première : les électeurs veulent de la cohérence. Après leur défaite à la présidentielle, Les Républicains comme les socialistes ont abandonné le programme de François Fillon et de Benoît Hamon. Quant à la France insoumise, elle a décidé de faire cavalier seul au détriment de l’union de l’extrême-gauche qui aurait permis d’être plus fort, d’initier un début de rassemblement. Enfin le Front national s’est noyé dans l’euro en en faisant l’alpha et l’oméga de son programme au détriment de ses sujets historiques (sécurité, immigration, identité).

L’électeur qui est informé, adulte faut-il le rappeler, se détourne alors naturellement du parti pour lequel il aurait voté. Dimanche dernier, au mieux il n’a pas voté, au pire il a voté La République en marche. Et les responsables politiques le savent bien, ils ont joué leur va-tout et fait brûler des cierges en invoquant Sainte-Rita. C’est un nouveau chapitre de l’histoire contemporaine qui s’écrit. Pour eux, il est trop tard, parce qu’ils ont refusé de changer. Bilan : l’électeur a envoyé le message : « vous n’aurez pas mon vote ». Le raz-de-marée macronien est ainsi du au ras-le-bol des électeurs des vieux partis.

La troisième raison est le besoin d’ordre et d’unité. C’est ce que propose Emmanuel Macron. En 1958, les Français avaient choisi le Général de Gaulle. Aujourd’hui ils choisissent le petit prince à qui ils vont confier tous les pouvoirs à rebours de l’idéologie dominante d’horizontalité, de partage des pouvoirs, de coproduction législative députés/citoyens (le fameux « 49.3. citoyen » de Benoît Hamon).

Les Français ont été séduits par celui qui veut être un « roi républicain » et, depuis son élection, ils s‘en portent bien. Ça rassure et l’image est bonne à l’extérieur. Ils ont le sentiment d’avoir à nouveau un chef à la tête de l’Etat, avec une vision, un programme, des mesures. Ils ont à nouveau la sensation qu’il y a de l’ordre et de l’unité dans un pays qui a été divisé par les deux derniers présidents. En cela, Emmanuel Macron est un homme neuf, et pour un temps encore « un homme à la mode ». C’est superficiel, mais cela a aussi contribué à le faire gagner.

Ainsi, les marcheurs du président de la République ont été des coureurs de fond. Voilà pourquoi ils ont gagné en maintenant leur ligne malgré les critiques, très relatives il est vrai. Une qualité qui a été plébiscitée par les Français dimanche dernier. A bon entendeur, salut.

Sabinius.

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