François Bayrou, manque de « Pau », n’est pas un citoyen ordinaire

14-06-2017

Tout le monde a encore en mémoire la scène de l’allégeance de François Bayrou, que celui-ci appelle alliance, à Emmanuel Macron fin février dans le très chic restaurant parisien Monsieur Bleu. Le Béarnais lui dit « J’ai pris un très gros risque entre nous. J’ai l’habitude d’en prendre. » Mais peut-être qu’aujourd’hui celui qui a pris un très gros risque c’est le chef de l’Etat en nommant François Bayrou garde des Sceaux.

Le maire de Pau a plus ou moins une image vertueuse. Cette dernière est fondée sur sa posture de grand pourfendeur de toutes les corruptions ayant court dans le milieu politique. Chantre de l’idée de faire de la politique « autrement », il joue une petite musique fondée sur l’indépendance absolue vis-à-vis des grands partis, d’abord à droite – il fut ministre de Jacques Chirac-, ensuite à gauche quand il soutient aux présidentielles Ségolène Royal puis François Hollande. In fine, il semble que le réalisme lui a fait abandonner l’idée de se présenter à la dernière élection présidentielle et rejoindre Emmanuel Macron.

L’une des quatre conditions posées par le Béarnais au jeune impétrant pour le rejoindre était une loi sur la moralisation de la vie publique. Aujourd’hui il porte et incarne ce projet de loi. Mais voilà, patatras, lui et sa fidèle lieutenant Marielle de Sarnez également ministre des Affaires européennes, sont rattrapés par des affaires d’emplois fictifs au sein de leur parti, le Modem. Une enquête préliminaire a été ouverte vendredi dernier.

François Bayrou se défend, dément tout manquement aux règles « En aucune manière, ça n'a jamais existé […] Qu'est-ce qu'il y a de plus légal, de plus normal et de plus moral que d'avoir, comme ça, mi-temps pour un élu et mi-temps pour un mouvement, qu'est-ce qu'il y a de plus normal que ça ? ». Il rajoute « qu’il regrette qu'une enquête soit enclenchée après une dénonciation […] Nous vivons dans le temps de la dénonciation ».

Très agacé par les médias, le garde des Sceaux a appelé « comme un simple citoyen » un journaliste du service public pour lui demander de cesser d’enquêter. Repris par le Premier ministre Edouard Philippe jugeant que cela ne se faisait pas, François Bayrou déclare « qu’il ne voit pas le problème […] Je suis un citoyen, je suis un ministre […] Je ne peux pas vivre sans liberté de parole ».

Ce matin, alors que son propre parti est donc sous le coup d'une enquête préliminaire, qu’il est le garant de l’indépendance de la justice, le garde des Sceaux présente au Conseil des ministres son projet de loi sur la moralisation de la vie publique.

Alors, tout est par terre ? L’arroseur est-il arrosé ?

François Bayrou joue un jeu dangereux. Il agit là avec le réflexe d’un politicien du vieux monde qu’il prétend avoir quitté et vouloir solder avec son projet de loi. En aucun cas il n’est un citoyen ordinaire. Tenter de faire pression sur un média est une faute qu’en d’autres temps il aurait été le premier à dénoncer avec la plus grande vigueur. D’ailleurs il signait l' « Appel du 14 février 2008 » pour une vigilance républicaine dans lequel il rappelait son «  attachement à l'indépendance de la presse et au pluralisme de l'information ». Mais c’était il y a longtemps, très longtemps.

Il est dur de changer de mœurs quand on a été élu député pour la première fois il y a plus de trente ans. Quand on est dans le fond un homme conformiste, adepte du politiquement correct, toujours prêt à dézinguer à tout va. Rappelons-nous qu’il se présente comme « catholique », mais qu’il était le seul à s’être opposé à la mise en berne du drapeau français, comme l’usage le veut, lors de la mort de Jean-Paul II, chef d’Etat, ou à critiquer la visite de Nicolas Sarkozy à Benoit XVI au motif qu’il « n'aime pas ça. Je suis quelqu'un qui a la foi, pour qui c'est important. Je n'aime qu'on mélange la religion et la politique ».

Manque de « Pau », à son tour l’édile pyrénéen est « arrosé ». Dans un passé pas si lointain, il n’a guère ménagé ses pairs. Jadis il parlait de « scandale d'Etat » à propos de l'affaire Tapie. S’il n’était pas au gouvernement, il serait le premier à hurler avec les loups, à demander la démission du garde des Sceaux.

Après l’affaire Ferrand, l’affaire Bayrou-Sarnez devient chaque jour un peu plus embarrassante pour l’exécutif. La popularité du chef de l’Etat le protège encore, mais combien de temps ?  Si rien n’est fait, le quinquennat risque de démarrer sur ce qui va vite s’apparenter à une tartufferie.  

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