Est-il permis de critiquer Emmanuel Macron ?

19-05-2017

Est-il permis de critiquer Emmanuel Macron ? C’est la question que nous posons quand nous observons l’atonie des acteurs et des observateurs de la vie politique. Nous les avons connu plus critiques, ironiques, cinglants et virulents à l’encontre de ses prédécesseurs à l’Elysée. Regardons.

Emmanuel Macron annonce la fin des partis, mais que fait-il ? Il en crée un immédiatement ! Et à sa main, totalement. Il faut le dire et le répéter La République en marche est un parti unique comme il n’en existe aucun autre sur l’échiquier. Pourtant, tout le monde à l’air de trouver cela normal. Etrange.

Pour la constitution de son gouvernement, Emmnanuel Macron débauche et réembauche des élus socialistes, centristes et de droite qui quittent leur mouvement qui les ont fait élire, accéder à des responsabilités ministérielles sous leur bannière. Certains ont fait campagne contre Emmanuel Macron, pas plus tard que le mois dernier. Ils ont répété qu’ils ont des « valeurs », des « principes » et des « convictions », et même « une parole ». Et puis, nous les retrouvons sur la photo de classe du gouvernement dans le hall d’entrée de l’Elysée : allô, quoi ?

Et cela ne provoque pas de courroux, finis les cris d’orfraie de jadis, comme si cela est une fatalité dans le grand chamboule-tout macronien. Bruno Le Maire qui n’a cessé de jurer la semaine dernière à ses compagnons des LR qu’il ne rejoindrait pas Edouard Philippe, « Je crois au respect de la parole donnée » est un de ses gimmicks, est son ministre de l’Economie. Sa photo tout sourire en train de se faire embrasser par Michel Sapin son prédécesseur à Bercy lors de la passation de pouvoirs, s’étale dans les journaux sans autre commentaire que « il l’a enfin obtenu » ce maroquin dont il rêvait. Quand est-ce que les commentateurs vont apprécier ce ralliement pour ce qu’il est, une trahison ? Que fait Bruno Le Maire de tous ses engagements vis-à-vis des électeurs qui lui ont accordé leurs suffrages à la primaire de la droite en novembre dernier, et lors de l’élection du président de l’UMP en 2014 ? Il n’en a rien à faire.

Le macronisme, c’est la défaite de l’engagement politique, de la fidélité aux électeurs qui vous ont accordé avec leurs votes un bien immatériel très précieux, le trésor de notre démocratie : la confiance. En la trahissant, ces hommes et ces femmes qui ont rejoint Emmanuel Macron, qui demain voteront une nouvelle loi sur la moralisation de la vie politique – on se pince – sont comptables du ressentiment et de la colère que leurs actes nourrissent dans le peuple.

Par ailleurs, Emmanuel Macron veut s’assurer de la loyauté de 250 directeurs d’administration. Il souhaite ainsi mimer le système des dépouilles américain, le spoil system, qui veut qu’après chaque élection présidentielle aux Etats-Unis, 4000 haut fonctionnaires ou titulaires de postes clés remettent leur démission au nouveau président. En France, cela n’a jamais existé. Aussi, ce que souhaite mettre en œuvre le nouveau président de la République est totalement inédit. C’est une rupture fondamentale, sans précédent ; même François Mitterrand, qui pourtant abusa des nominations pour remercier ceux qui l’avaient aidé à accéder à l’Elysée, n’alla pas jusque-là.

Et bien, cela ne provoque, pour le moment, aucun commentaire, ne suscite aucune inquiétude. Que n’aurait-on pas entendu et lu si les anciens chefs de l’Etat avaient procédé ainsi ! « L’Etat RPR ou UMP », « la mainmise socialiste sur l’Etat », etc. Pourtant, là, rien de tout cela. Emmanuel Macron compte faire passer 250 auditions pour s’assurer de la fidélité de ces haut-fonctionnaires au mépris des usages et de la tradition d’une administration au service de l’Etat, et non d’un homme et de son parti.

Ainsi va Emmanuel Macron, seul, libre de mettre en œuvre son programme attrape-tout et rien, délivré des critiques, déroulant son story-telling à la manière de Barak Obama où tout doit finir en happy end. Il est temps que les Français se réveillent, que les autres politiques se libèrent, que les opposants s’opposent et les journalistes exercent leurs jugements délivrés de la peur d’apparaître comme des trouble-fêtes dans ce moment marquée par un flottement politique inédit.

A l’occasion de son déplacement au Mali, 15 directeurs de rédaction ont écrit au chef de l’Etat qu’ « il n'appartient pas à l'Elysée de choisir les journalistes », cette initiative de la communication présidentielle étant de fait inquiétante. Cette réaction est encourageante, un début de lucidité. Néanmoins, il faut aller plus loin. C’est la condition pour que notre démocratie vive. Critiquer le président est permis.

Sabinius.

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