Emmanuel Macron, le Hollande bis

18-04-2017

Il ne reste que quelques jours avant le 1er tour. Les prétendants sont fébriles, leurs équipes tendues. Mots, gestes, tweets, photos, tout est pesé, ajusté, millimétré. Il faut tout faire pour éviter de trébucher dans les derniers mètres alors qu’un tiers des électeurs ne sait pas encore pour qui il va voter. Cette élection ne se joue pas à la roulette russe, mais ressemble plus à une partie de poker avec tentatives de constitution des meilleures combinaisons et enchères.

C’est ce qu’a fait François Fillon dimanche. Il déclare qu’un responsable de Sens commun pourrait faire parti du futur gouvernement s’il est élu : « Sens commun fait partie des hommes et des femmes qui sont fiers de leur pays, attachés à leurs traditions, pour lesquels j’ai beaucoup de respect ».

Aussitôt Emmanuel Macron y voit « « un durcissement » du candidat de la droite et du centre. Pourquoi ? « Beaucoup de nos concitoyens qui sont de centre droit ou de droite ne peuvent pas se retrouver dans ce projet politique parce que c’est un vrai conservatisme social et sociétal […] Sens commun, c’est l’émanation politique de ce qui a été la manifestation pour tous, c’est-à-dire des femmes et des hommes qui pensent que leur principal combat dans notre société, c’est d’aller réduire les droits de certaines et de certains […] François Fillon, dans sa campagne, a décidé (…) de réveiller une part de la droite qui ne se sent plus totalement à l’aise dans la poursuite de l’intérêt général républicain (…) Il a décidé d’attaquer le cœur de la démocratie et ça, c’est dangereux ».

Pour Emmanuel Macron, en plein dans la caricature, Sens commun = La Manif Pour Tous = opposants à l’intérêt général, au mieux, à la démocratie, au pire. Lors de son meeting à Paris, hier, il a également dénoncé l’influence de « Maurras » sur la ligne politique du mouvement affilié aux Républicains.

Que disent ces propos largement repris par la presse et les réseaux sociaux ? Trois choses :

La première est que nous avions connu le candidat d’En marche ! plus subtil, moins manichéen et plus cohérent. Il est fini le temps où Macron faisait croire aux électeurs que voter à l’élection présidentielle c’était colorier un cahier de dessin en faisant attention de ne pas déborder. Comme pas mal de ses concurrents, il est outrancier et a besoin d’un bouc-émissaire. Il y a deux mois, il déclarait qu’« avec le mariage pour tous (…) on a humilié cette France-là. Il ne faut jamais humilier, il faut parler, il faut ‘partager’ des désaccords ». Tout cela est oublié - pour le moment. Macron est infidèle à ses propos, à sa volonté de faire de la politique autrement.

La deuxième chose est que le centre de Macron est à gauche. Il doit continuer de siphonner les voix de Benoit Hamon. Pour cela, il utilise un procédé typiquement gauchiste : il désigne chez ses adversaires ceux qui sont fréquentables ou pas, républicains ou pas. En criant haro sur La Manif Pour Tous, il utilise le fond de sauce du quinquennat de François Hollande. Il espère ainsi séduire le dernier carré des électeurs fidèles au parti socialiste. La manœuvre est grossière, mais dans ses discours sans aspérité, où les mots « projet », « espoir » et « rêve » sont les plus prononcés, une saillie anti-Manif Pour Tous ne fera fuir aucun de ses soutiens, et fait toujours un peu d’audience, assure des reprises dans les médias. C’est toujours bon à prendre.

La troisième chose est que les questions de société sont bien des questions centrales de l’élection présidentielle, autrement pourquoi attaquerait-il Sens commun, jeune mouvement politique ? Les affaires judicaires ont empêché le grand débat que les Français attendaient sur la société de demain. Aussi Macron indique-t-il par sa diatribe anti-Manif Pour Tous de quel bord il est. Il a ainsi déclaré soutenir la loi Taubira et expliqué que « pour le moment, il n’est pas favorable à la gestation pour autrui ». Il se positionne donc en faveur d’une inégalité faite aux enfants de ne pas être élevés par leur père et leur mère ; quant à la GPA, libéral et libertaire, il montre que demain, une fois le « moment » passé, il y sera favorable. Pour que chacun puisse exercer « ses droits en matière de procréation », évidemment. Les électeurs sont prévenus. Un parti pris pendant une campagne électorale sur un taux de TVA, n’en déplaise aux marxistes, ne disait pas quel homme ou quelle femme vous étiez ; la loi Taubira ou la GPA, si.

Comme nous le voyons, en attaquant Sens commun, Emmanuel Macron hurle avec les loups. Sa seule différence est qu’il est le plus jeune de la bande. Mais il reste un loup pour l’Homme. Tout le reste est de la poudre aux yeux dont il espère que les électeurs la colleront sagement sur leur cahier de coloriage pour bien mettre en valeur les dessins qu’il leur propose depuis le début de sa campagne. Cependant, il n’est pas sûr, devant tant de flou et d’infidélités à sa parole, que ces derniers aillent jusqu’au bout de leurs travaux pratiques dimanche prochain, c'est-à-dire votent pour lui comme cela est annoncé.

Sabinius.

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