Affaire Ferrand, dilemme cornélien

01-06-2017

Richard Ferrand, ministre de la Cohésion des territoires, est soupçonné 1) alors qu'il était directeur général des Mutuelles de Bretagne, d’avoir favorisé sa compagne lui permettant de se constituer un patrimoine immobilier grâce aux Mutuelles 2) après avoir été élu à l’Assemblée nationale il est resté chargé de mission des Mutuelles, rémunéré 1250 euros par mois, pendant toute la législature 2012-2017 3) d’avoir embauché Hervé Clabon comme assistant parlementaire, compagnon de sa successeure à la direction des Mutuelles de Bretagne 4) d’avoir cosigné en 2012 une proposition de loi du groupe PS qui vise « à permettre aux mutuelles de mettre en place des réseaux de soins », qui comporte des tarifs avantageux réservés à ses adhérents dont lui, sa compagne et son ex-compagne ont été les bénéficiaires, et last but not least 5) d’avoir employé son fils comme assistant parlementaire en 2014.


Richard Ferrand dit que « tout est légal, public, transparent ». La justice saisie a dit qu’il n’y avait pas matière à engager des poursuites. 

Premier député socialiste à avoir rejoint Emmanuel Macron, Richard Ferrand est secrétaire général du parti La République en marche. C’est un pilier historique de l’équipe Macron.

Là où le bât blesse, c’est qu’Emmanuel Macron, LREM et Richard Ferrand ont fait toute la campagne présidentielle, et continuent à l’occasion de la campagne des législatives, sur les thèmes du renouveau de la pratique politique et de la probité. Richard Ferrand a écrit plusieurs tweets fins comme des lames : « Nous veillerons à ce que nos candidats aux législatives n'aient pas de conflits d'intérêts, et n'embauchent pas de membres de leur famille », « Nous interdirons aux parlementaires […] d'exercer une activité de conseil. »

Conflits d’intérêts, travail en famille, activité de conseil, nous y sommes, Richard Ferrand y est. Et les macronistes ne cessent de répéter que « les Français ne veulent plus des pratiques anciennes », c'est-à-dire de ce mélange des genres, affaires privées, affaires publiques. A cet égard, l’affaire Fillon fut pour eux un plat de résistance pendant la campagne présidentielle dont ils profitèrent, comme les adversaires de l’ancien premier ministre, allègrement.

C’est d’ailleurs la raison pour laquelle le gouvernement va présenter un projet de loi sur la moralisation de la vie publique. C’est François Bayrou, garde des Sceaux, qui en a la responsabilité. Ce dernier en avait fait une des quatre conditions pour rallier Emmanuel Macron.

Que doit faire Richard Ferrand : rester en fonction ou démissionner ? Le président de la République peut-il, au risque de se dédire, continuer à lui accorder sa confiance ? Nous sommes dans le cas d’un dilemme cornélien pour le chef de l’Etat, pris entre son devoir de cohérence d’un côté et son amitié de l’autre.

Néanmoins, Emmanuel Macron a renouvelé sa confiance à Richard Ferrand lors du dernier conseil des ministres. Voulant être un président « jupitérien », c’est au Premier ministre Edouard Philippe de régler cette question, et non à lui qui se situe au-dessus des contingences du quotidien.

Richard Ferrand, quant à lui, a tranché : il s’en remet au suffrage universel. Se représentant à la députation en Bretagne, il laissera les électeurs décider : battu, il se retirera, gagnant, il restera.

En attendant, le mal est fait. Quant aux Français, ils n’hésitent pas : ils sont 70% à déclarer que le ministre de la Cohésion des territoires doit démissionner, contre 30% qui estiment qu'il peut rester en place (sondage Harris Interactive). Ces chiffres sont cohérents avec la future loi de moralisation de la vie publique. Dans le cas de Richard Ferrand, il se pourrait qu’elle s’applique avec un effet rétroactif. Dura lex, sed lex.

Sabinius.

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