Le Figaro : Thibault de Montbrial : «Les terroristes cherchent à profiter de la séquence électorale»

21-04-2017



FIGAROVOX/TRIBUNE - L'avocat spécialiste du terrorisme réagit à l'attaque des Champs-Élysées, jeudi soir, qui a causé la mort d'un policier.

LE FIGARO. - Un attentat a été commis jeudi aux Champs-Élysées et un autre déjoué à quelques jours du premier tour…

Thibault de MONTBRIAL. - La menace terroriste n'avait jamais baissé depuis deux ans, sept attentats ayant été déjoués rien que depuis le début de l'année 2017. Et la période actuelle constitue sans doute un pic d'exposition. En effet, il ne faisait guère de doute que les islamistes allaient profiter de la séquence électorale qui s'ouvre (présidentielle et législatives). Car, outre son retentissement mondial, une attaque de grande ampleur leur offrirait une occasion unique de peser sur la vie politique française en influant directement sur le cours voire sur l'organisation même du scrutin. Dans cette logique, il est à craindre que l'attaque d'hier, qui a visé un lieu (les Champs-Élysées) et une cible (des policiers) symboliques, ne constitue que le début d'une séquence plus longue.

Les principaux candidats sont-ils tous sur la même ligne à ce sujet?

S'ils ont intégré la question terroriste dans leur programme, tous ne semblent pas avoir perçu son ampleur, qui résulte du constat que nous ne sommes pas tant menacés par des organisations étrangères que par des citoyens français, musulmans d'origine ou convertis, qui nous haïssent et sont susceptibles d'attaquer sans même être directement commandités depuis l'étranger. L'augmentation exponentielle des personnes considérées comme capables de passer à l'acte terroriste sur notre territoire démontre que le terrorisme islamiste constitue aujourd'hui une problématique d'avenir plus qu'un problème passé. En clair, nous n'en sommes qu'au début, et la tiédeur de certains candidats quant aux solutions préconisées montre que la prise de conscience indispensable n'est pas encore générale.


Des signaux faibles (attaques de policiers en civil, attaques de pompiers, manifestations sauvages) témoignent d'une forme de sécession d'une partie de la population. Est-ce une menace contenue ou faut-il s'en inquiéter?

La multiplication de ces actes est un indice fort de l'éclatement de notre cohésion nationale. Dans de nombreux quartiers, les forces de l'ordre ne sont plus perçues comme des représentants de la force publique mais comme une bande rivale. Le constat que des services de secours sont désormais logés à la même enseigne est accablant.

À l'existence même de ces agressions, il faut ajouter leur violence. Aujourd'hui, les voyous utilisent des moyens qui montrent une volonté réelle de «tuer du flic», qui s'exprime d'ailleurs désormais ouvertement sur les réseaux sociaux. À Grigny, en octobre 2016, un équipage de la sécurité publique a été brûlé vif, l'une des policières recevant de surcroît des pierres alors qu'elle brûlait. Différents actes de sauvagerie comparables se sont déroulés lors des manifestations d'extrême gauche du printemps et de l'automne, avec un bilan humain miraculeusement faible jusqu'à aujourd'hui. Les services de renseignement sont d'ailleurs très inquiets de l'ampleur des violences auxquelles différents groupuscules d'extrême gauche appellent à partir de ce dimanche soir.


Comment expliquer l'absence des sujets sécuritaires dans la campagne?

C'est un mystère. Ces derniers mois, les grandes interviews des principaux candidats étaient quasi exclusivement consacrées aux questions économiques et sociales.

Or les questions de sécurité et de terrorisme apparaissent comme la deuxième (si ce n'est en réalité la première) préoccupation des Français. Alors que la violence (qu'elle soit islamiste, d'extrême gauche ou de droit commun) gangrène désormais ouvertement notre société, ce silence assourdissant ne peut s'expliquer que par une sorte d'espérance incantatoire, idéologique ou même inconsciente, que le fait de ne pas évoquer ces réalités les ferait disparaître. Pour tout dire, je pense que les élites françaises sont tétanisées par leur perte de contrôle devant l'ampleur des tensions sociales et communautaristes qui minent notre pays, dont nul ne sait où elles pourraient le mener, y compris à très court terme.


La restauration de l'autorité de l'État dans «les quartiers» est-elle un des enjeux de la prochaine mandature?

Il s'agit à l'évidence d'un enjeu crucial. Il existe des dizaines de quartiers, souvent fortement communautarisés, dans lesquels l'autorité de l'État ne s'exerce plus que par à-coups, où ses représentants ne peuvent plus se déplacer que ponctuellement et en force. Dans les mois ou les courtes années qui viennent, il est statistiquement inévitable que les violences qui s'exercent au quotidien contre les forces de l'ordre aboutissent à un drame. Ce jour-là, nul ne peut prévoir jusqu'où les événements s'enchaîneront, mais si un «incident» laisse plusieurs morts de chaque côté, il est improbable qu'un cycle de grande violence ne s'ensuive pas immédiatement.

C'est la raison pour laquelle le prochain gouvernement aura la responsabilité de déminer ces territoires, mais il faut avoir conscience que les tensions quotidiennes sont déjà telles que ce déminage lui-même ne se fera pas sans heurts. En tout état de cause, plus on attendra, plus les conséquences seront lourdes.


Un sondage Ifop indique que 51 % des gendarmes seraient prêts à voter Marine Le Pen. Comment interpréter ce score?

Au péril de leur intégrité physique, les forces de l'ordre sont au contact. Le décalage entre leur réalité quotidienne et le comportement qu'ils perçoivent du reste de la société (silence relatif des médias, réponse insuffisante de la justice, etc.) conduit inévitablement les intéressés, à tort ou à raison, vers le candidat qui a le plus axé sa campagne sur ces questions.


Source : 
Par Vincent Tremolet de Villers - Publié le 20/04/2017 à 19h22
http://premium.lefigaro.fr/vox/politique/2017/04/20/31001-20170420ARTFIG00318-thibault-de-montbrial-un-silence-assourdissant-sur-les-enjeux-securitaires.php

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