Le Figaro : Jean-Yves Camus : « Sans une stratégie d'union des droites, le FN est loin du pouvoir »

19-05-2017



FIGAROVOX/ENTRETIEN - Campagne pour les législatives, création du mouvement politique de Florian Philippot, départ annoncé de Marion Maréchal-Le Pen : le politologue Jean-Yves Camus fait le point sur la situation au Front national.

Jean-Yves Camus est chercheur, essayiste et politologue. Il est spécialiste de l'extrême droite.

FIGAROVOX.- Alors que les législatives approchent, Marine Le Pen n'a toujours pas véritablement pris la tête de la campagne de son parti. Peut-elle vraiment conduire l'opposition à Emmanuel Macron, comme elle le disait au moment de la présidentielle?

Jean-Yves CAMUS.- Il existe une différence importante entre le fait d'incarner arithmétiquement la première force d'opposition, ce qui est à ce stade le cas du FN, et incarner, aux yeux des électeurs, l'alternance la plus souhaitée. Sans une stratégie d'union des droites, dont la mise en œuvre ne dépend d'ailleurs pas que de lui, le FN est encore loin du pouvoir. Parce que le mode de scrutin législatif limite le nombre des sièges qu'il peut gagner à un seuil inférieur à son poids réel. Mais aussi parce que, face à une recomposition politique visant a dépasser le clivage droite-gauche, celui qui sera à la tête de l'opposition doit se situer résolument à droite, pas «ailleurs».

Le Front national est-il en mesure d'obtenir suffisamment de sièges à l'Assemblée pour constituer une véritable force d'opposition durant le quinquennat qui commence? La constitution d'un groupe parlementaire serait déjà une réussite. Ensuite, si c'est pour que ledit groupe se retrouve, comme en 1986-88, totalement isolé dans le travail parlementaire, cela limite forcément le résultat à une visibilité accrue et a la rétribution symbolique de ceux qui sont élus. À moins que certains élus Républicains acceptent de travailler avec les élus frontistes . C'est possible sur les enjeux identitaires, presque impossible sur la sortie de l'UE.


On a beaucoup dit qu'il y avait deux «lignes» au FN: avec le départ de Marion Maréchal Le Pen, la «ligne Philippot» a-t-elle gagné?

À court terme, sans doute, puisque c'est celle des deux campagnes. Mais avec un coût, qui est de crédibilité ( un débat télévise absolument manqué) et de contestation interne, avec la mise en retrait de Marion Maréchal-Le Pen. Car il ne fait aucun doute qu'elle n'est pas encore sortie du jeu. Elle a une ligne politique, une popularité et le temps devant elle. Nous pourrons mesurer en juin les effets électoraux de son départ dans la région qu'elle avait choisie, et plus tard si elle et ses proches ont l'intention de se préparer pour 2022 en créant une structure propre. Si c'est son choix au moins, elle n'aura pas dégainé la première, puisque Florian Philippot a lancé la sienne


Dans quelle mesure ce départ fragilise-t-il le FN?

C'est impossible à mesurer en termes électoraux et difficilement appréhendable encore, en termes de force militante. Un certain nombre de ceux qui croient en sa ligne peuvent se démobiliser. Du moins tant qu'elle ne leur propose pas un espace institutionnel de réflexion.


Marine Le Pen a annoncé que le parti allait connaître un certain nombre de changements après la défaite de la présidentielle. Changement de nom, renouvellement des visages, changement de ligne politique: a quoi peut-on s'attendre?

Les changements de nom sont monnaie courante en politique! Ce qui compte, c'est la ligne idéologique, qui peut être soit nationale-républicaine avec l'entourage présent de Marine Le Pen, soit libérale-identitaire avec Marion Maréchal-Le Pen. Sur la base de ce qu'on voit ailleurs en Europe, en Autriche en particulier, c'est le second positionnement qui marche le mieux. Or le FPO n'a pas changé de nom. Son passe et celui de ses dirigeants sont assumés. Et les électeurs suivent.


Dans un entretien à Valeurs Actuelles, Marion-Maréchal Le Pen fait part de certaines convergences idéologiques avec Laurent Wauquiez notamment. Alors que les Républicains sont affaiblis et que le FN est en plein doute, peut-on imaginer l'émergence d'une nouvelle force politique à droite entre ces deux partis?

À ceci près que Laurent Wauquiez n'a pas lancé de signaux en direction de Marion Maréchal-Le Pen et qu'il n'est pas celui qui tire la campagne des Républicains! La grande implosion de ceux-ci est l'espoir du FN. Il ne se réalise pas pour l'instant car les électeurs de droite croient dans leur majorité, que leur parti est réformable de l'intérieur. C'est bien pour cela que Fillon a gagné la primaire.




Source : 
Par Vianney Passot - Publié le 18/05/2017 à 18h21
http://premium.lefigaro.fr/vox/politique/2017/05/18/31001-20170518ARTFIG00272-jean-yves-camus-sans-une-strategie-d-union-des-droites-le-fn-est-loin-du-pouvoir.php

Laisser son mail pour être informé