Le Figaro : Gouvernement : Macron en marche vers la droite

18-05-2017



INFOGRAPHIES - Dirigée par Edouard Philippe (LR), l'équipe gouvernementale est marquée par l'arrivée à Bercy de deux ministres également venus de la droite, par la présence de François Bayrou et de socialistes issus de l'aile sociale libérale du parti.

Du sérieux, pas de paillettes, un peu de droite, très peu de gauche, des centristes, des fidèles, du régalien en majesté, quelques trouvailles, de la tactique et des élections législatives en ligne de mire… Emmanuel Macron a dévoilé mercredi à l'heure dite, la composition de son premier gouvernement. À 15 heures, le secrétaire général de la présidence de la République, Alexis Kohler, s'est avancé sur le perron de l'Élysée pour égrener les noms des ministres sélectionnés.

Premier enseignement, Emmanuel Macron a globalement respecté les critères qu'il s'était imposés pour constituer son exécutif. Il voulait un gouvernement resserré d'une quinzaine de ministres, il s'en approche. Son équipe comporte vingt-deux membres dont quatre secrétaires d'État. Il souhaitait un gouvernement paritaire, il l'est. Onze hommes et onze femmes. Il promettait le renouvellement, beaucoup de nouveaux visages font leur entrée. Il voulait afficher la société civile, elle est présente. En revanche, sur le critère du respect des équilibres politiques, le compte n'y est pas tout à fait.

Les ministres de gauche sélectionnés campaient depuis longtemps sur l'aile droite du PS, au point d'avoir parfois été menacés d'exclusion du parti, comme le ministre de l'Intérieur Gérard Collomb. Avec lui, ce sont surtout des fidèles qu'Emmanuel Macron a récompensés, à commencer par Richard Ferrand, nommé ministre de la Cohésion des territoires. Quant à Jean-Yves Le Drian, nommé ministre de l'Europe et des Affaires étrangères, il ne s'est jamais vraiment impliqué dans les batailles internes des socialistes. Tout comme Christophe Castaner d'ailleurs, qui hérite du secrétariat d'État aux Relations avec le Parlement, et conserve le rôle de porte-parole qu'il avait durant la campagne, mais cette fois, au gouvernement.

Après une campagne marquée par une vague de ralliements venus de la gauche, c'est donc plutôt un gouvernement orienté au centre droit qu'a mis en place Emmanuel Macron. Effet MoDem d'abord, qui s'empare du ministère de la Justice avec François Bayrou et des Affaires européennes avec Marielle de Sarnez. Mais effet LR, surtout. Le premier ministre Edouard Philippe était déjà issu des rangs de la droite, il est rejoint par deux autres membres de sa famille politique, avec les nominations de Bruno Le Maire à l'Économie et de Gérald Darmanin à l'Action et aux Comptes publics, c'est-à-dire au Budget. Soit un ancien candidat de la primaire de la droite et un ancien porte-parole de Nicolas Sarkozy. Deux hommes de droite, donc, et qui vont se retrouver en première ligne face aux Républicains dès lors qu'il sera question d'économie dans la campagne des législatives. Le coup tactique est là, qui tente de déplacer le débat avec la droite du terrain économique vers celui des valeurs.

Avec ce centre de gravité gouvernemental placé au centre droit, Emmanuel Macron acte donc que, pour les élections à venir, le danger vient des Républicains. C'est sur leur territoire qu'il essaye d'empiéter, comme si les socialistes et La France insoumise ne représentaient plus un danger pour lui. Et puisqu'il est question des législatives, l'Élysée a précisé que les ministres qui seraient battus devraient démissionner.

Côté PS, c'est cette lecture d'un gouvernement ancré à droite que l'on a choisi pour dénoncer l'exécutif. «En choisissant de confier Bercy à Bruno Le Maire et Gérald Darmanin, le premier ministre Edouard Philippe aura l'assurance de pouvoir mener une politique économique “de droite et en même temps… de droite”», a ironisé la Rue de Solferino dans un communiqué. Mais il n'y a pas que les élections législatives en ligne de mire.

Avec son exécutif, Emmanuel Macron adresse aussi un signal sur ses priorités, notamment au travers de la hiérarchie gouvernementale. Alors que la menace terroriste est toujours aussi forte, c'est le ministère de l'Intérieur qui est placé en tête, juste devant la Transition écologique et solidaire, confié à Nicolas Hulot. Derrière, le ministère de la Justice arrive en troisième position, avec notamment cette loi de moralisation de la vie publique dont François Bayrou a confirmé mercredi qu'elle serait examinée avant les élections législatives. L'enjeu est d'importance, puisqu'il s'agit de redonner confiance aux Français dans la politique, alors que le déroulement même de l'élection présidentielle a montré qu'elle n'avait jamais été aussi critiquée. Les titulaires de ces trois portefeuilles sont les seuls à être crédités du titre de «ministre d'État».

Pour le reste, Emmanuel Macron a profité de la nomination de son gouvernement pour souligner son engagement européen. Jean-Yves Le Drian, numéro six du gouvernement, est ainsi ministre de l'Europe avant d'être celui des Affaires étrangères. Autre signal, la nomination de «l'Européenne» Sylvie Goulard aux Armées, comme un premier pas vers une défense européenne. Et puis Emmanuel Macron s'est accordé une coquetterie personnelle: nommer une éditrice à l'emblématique ministère de la Culture, Françoise Nyssen. Une façon de souligner ce président «littéraire» qu'il veut aussi incarner, dans le prolongement de Georges Pompidou et de François Mitterrand, voire de Charles de Gaulle.


Source : 
Par François-Xavier Bourmaud  | Publié le 17/05/2017 à 20h45
http://premium.lefigaro.fr/elections/legislatives/2017/05/17/38001-20170517ARTFIG00392-gouvernement-macron-en-marche-vers-la-droite.php


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